Alice Gayraud rompe le silence : pourquoi la stupeur face aux abus d’enfants persiste
« Combien de temps allons‑nous encore mimer la stupeur ? » Cette question, lancée par Alice Gayraud dans le quotidien Le Monde, ne laisse personne indifférent. L’ancienne responsable du plaidoyer de la Ciivise s’en veut à une société qui, à chaque scandale, se contente d’un sursaut émotionnel avant de replonger dans l’ignorance. Vous pensez peut‑être connaître le récit ? Détrompez‑vous : le cœur du problème est bien plus sombre.
Un cri qui résonne après chaque révélation
Depuis les dernières révélations sur les abus sexuels d’enfants, la France a vu surgir des tribunes, des manifestations, des hashtags viraux. Mais derrière les mobilisations publiques, le quotidien reprend vite ses droits. Gayraud décrit ce mécanisme comme une « stupeur simulée » : une émotion affichée qui ne conduit à aucune vraie action.
Pourquoi la réaction reste superficielle
Deux raisons principales, selon l’ex‑plaideuse : d’abord, le déni collectif. Les chiffres sont accablants : 1 enfant sur 10 serait exposé à des violences sexuelles avant 18 ans, d’après l’UNICEF. Cette statistique, loin d’inciter à l’action, frappe d’abord comme un choc gratuit, puis s’efface dans le flot d’informations. Ensuite, le déficit de suivi juridique. Entre 2015 et 2022, seules 12 % des affaires déclarées ont débouché sur une condamnation ferme, selon le ministère de la Justice.
Le piège de l’émotion sans suivi
Gayraud pointe du doigt les campagnes de médiatisation qui, si elles sont essentielles, deviennent parfois des spectacles de la compassion. L’émotion est montée en haut du podium, mais les dossiers restent à l’étape du « déclaration ». Le résultat : un sentiment de culpabilité qui s’épuise rapidement, sans transformation concrète.
Ce que les institutions ne disent pas
Dans les coulisses, les services de protection de l’enfance sont débordés. En 2023, plus de 30 000 signalements ont été enregistrés, alors que le personnel dédié ne représente que 5 % des effectifs nécessaires. Le manque de moyens mène à des dossiers archivés, des enquêtes qui s’étirent, et surtout, à des victimes qui restent sans réponses.
Un appel à la vraie action
Pour Gayraud, le vrai changement passe par trois leviers : renforcer les effectifs de la protection de l’enfance, garantir la rapidité des procédures judiciaires, et surtout – et surtout – instaurer une culture de la responsabilité** plutôt que du simple “oups”. Elle propose notamment la création d’un registre national des auteurs condamnés, accessible aux établissements scolaires et aux employeurs.
Et vous, que pouvez‑vous faire ?
Le lecteur n’est pas un simple spectateur. En signant des pétitions, en soutenant les associations qui offrent un suivi psychologique aux victimes, ou encore en exigeant des comptes de la part des autorités locales, chacun peut rompre le cycle de la stupeur figée. Le vrai pouvoir réside dans la persistance : rester engagé bien après le buzz.
Au final, la question d’Alice Gayraud n’est pas seulement rhétorique. Elle nous pousse à regarder au‑delà du sentiment de surprise et à demander des actions concrètes. Le temps des mots a peut‑être fini ; place à la preuve.