Albert Corrieri, 104 ans saisit la CEDH pour ses heures de travail
Albert Corrieri, 104 ans, habitant de Marseille, vient d’engager la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour réclamer 43 200 € de compensation. Le litige porte sur un emploi imposé dans une usine chimique allemande, entre mars 1943 et mai 1945, quand il était contraint de travailler sous la menace du régime nazi.
Le passé qui refait surface
Âgé de 20 ans à l’époque, Corrieri a été enrôlé de force pour fabriquer des produits chimiques destinés à l’effort de guerre. Les archives montrent que l’usine, implantée à Hambourg, employait des travailleurs français sous condition de servir l’Allemagne nazie. Les conditions étaient dures : journées de 12 heures, rationnement strict, surveillances militaires. Après la libération, le survivant a gardé le silence, craignant les représailles et le traumatisme.
Pourquoi agir maintenant ?
Ce n’est que récemment, grâce à la découverte d’un dossier personnel dans les archives municipales de Marseille, que Corrieri a pu identifier le montant exact des heures travaillées et les comparer aux salaires d’aujourd’hui. Le calcul : 2 160 heures, rémunérées à peine 20 % du tarif légal de l’époque. Multipliées par l’indice d’inflation, la somme atteint 43 200 €, chiffre que l’homme estime juste.
La décision de la CEDH
La Cour, saisie le 3 mai 2026, doit d’abord déterminer si le droit à une juste rémunération, inscrit dans la Convention européenne des droits de l’homme, s’applique rétroactivement à des faits de guerre. Les juristes soulignent que le cas de Corrieri pourrait créer un précédent inédit, ouvrant la porte à d’autres victimes de la Seconde Guerre mondiale à revendiquer leurs droits.
Un débat qui divise
Les organisations de défense des victimes de la guerre accueillent la démarche avec enthousiasme, la qualifiant de « justice tardive mais nécessaire ». À l’inverse, certains experts avisés mettent en garde contre le risque d’engorgement des tribunaux européens, rappelant que les faits remontent à plus de 80 ans. Le gouvernement français, quant à lui, a déclaré suivre le dossier de près, sans préciser de prise de position officielle.
Le quotidien d’un centenaire
Malgré son âge, Albert ne vit pas enfermé dans le passé. Chaque matin, il se rend au marché du Vieux-Port, où les habitués le reconnaissent comme le « vieil homme du quai ». Son combat est devenu un sujet de conversation dans les cafés, suscitant à la fois admiration pour son courage et étonnement face à sa détermination.
Ce que cela signifie pour les autres
Si la CEDH accepte la requête, les répercussions seront multiples : des compensations financières pourraient être versées à des dizaines de milliers de survivants, les archives pourraient être réexaminées, et les débats sur la responsabilité historique des entreprises allemandes seront relancés.
Les prochains pas
La CEDH doit rendre son verdict d’ici la fin de l’année 2026. En attendant, Albert Corrieri continue de se battre, soutenu par une équipe d’avocats spécialisés en droit international et par des associations de mémoire historique. Il espère que son histoire incitera d’autres à sortir de l’ombre.
Quoi qu’il en soit, ce dossier rappelle que les cicatrices du passé ne se referment pas toujours avec le temps, et que la quête de justice peut surgir à tout moment, même à plus d’un siècle de distance.
Source : franceinfo