À la une Google dans le viseur : pourquoi les éditeurs attaquent l’IA
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Google dans le viseur : pourquoi les éditeurs attaquent l’IA

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Le mardi 22 juillet 2026, plusieurs maisons d’édition, dont Hachette Livre, Albin Michel et Gallimard, ont déposé une plainte devant le tribunal de grande instance de Paris contre Google. Elles accusent le géant du numérique d’avoir utilisé, sans autorisation, des milliers d’œuvres protégées par le droit d’auteur pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle, notamment les versions récentes de Bard et de ses outils de génération de texte.

La plainte, déposée conjointement par le Syndicat national de l’édition (SNE) et des avocats spécialisés en propriété intellectuelle, précise que les fichiers textes auraient été extraits de catalogues numériques, de bibliothèques en ligne et même de manuscrits numérisés sans que les titulaires des droits n’aient donné leur accord. Google, de son côté, affirme avoir agi dans le cadre du « fair use » américain, mais les éditeurs soutiennent que cette défense ne s’applique pas au droit européen.

Les éditeurs contre Google : une alliance inattendue

Ce qui surprend les observateurs, c’est l’union rare entre des concurrents historiques du livre. Hachette, habituellement en concurrence féroce avec Gallimard sur les meilleures ventes, a rejoint Albin Michel dans cette action collective. Selon des sources proches du dossier, l’urgence de protéger le patrimoine littéraire a surpassé les rivalités commerciales. Les avocats du SNE expliquent que la perte de contrôle sur l’usage des textes menace la rémunération des auteurs et la viabilité même du secteur éditorial.

Les preuves présentées : extraits, métadonnées et courriels internes

Dans leur mémo, les éditeurs joignent des captures d’écran montrant que des passages entiers de romans récents apparaissent dans les réponses de Bard lorsqu’on lui demande des résumés ou des analyses stylistiques. Ils ajoutent que les métadonnées des fichiers utilisés par Google révèlent des identifiants ISBN appartenant à leurs catalogues. Un courriel interne, divulgué par un ancien employé de Google, montrerait qu’une équipe d’ingénieurs avait discuté de la nécessité d’obtenir des licences, mais que la décision avait été prise de poursuivre sans elles pour accélérer le déploiement du modèle.

Les enjeux pour l’IA : entre innovation et respect du droit d’auteur

Au-delà du conflit immédiat, la soulève la question fondamentale de la formation des intelligences artificielles sur des contenus protégés. Si le tribunal reconnaît la violation, Google pourrait être contraint de retirer ou de ré‑entraîner ses modèles, ce qui coûterait des centaines de millions d’euros et retarderait le déploiement de nouvelles fonctionnalités. À l’inverse, une décision favorable à Google renforcerait l’idée que le « fair use » peut s’étendre à l’IA, ouvrant la porte à une exploitation massive d’œuvres sans compensation.

Réactions du secteur : auteurs, librairies et plateformes numériques

De nombreux auteurs ont exprimé leur soutien à l’action des éditeurs, craignant que leurs œuvres soient utilisées pour créer des contenus concurrents sans aucune rétribution. Des librairies indépendantes ont lancé des pétitions en ligne appelant au boycott des services de Google tant que la question ne sera pas résolue. En revanche, certaines plateformes de streaming et de cloud computing voient dans ce procès un précédent qui pourrait limiter leurs propres projets d’IA générative.

Quel avenir pour le droit d’auteur à l’ère de l’IA ?

Les experts en propriété intellectuelle prévoient que ce dossier pourrait influencer la législation européenne en cours de révision concernant l’IA et le droit d’auteur. Une éventuelle réforme pourrait instaurer un système de licence obligatoire pour l’entraînement des modèles, similaire à celui déjà existant pour la diffusion musicale. En attendant le jugement, prévu pour le début de l’année 2027, les deux camps continuent de peaufiner leurs arguments, tandis que le public observe attentivement un affrontement qui pourrait redéfinir les frontières entre création humaine et génération automatique.

Source : 20Minutes