Népal : des ouvriers disparus dans les tunnels après les crues
Ces derniers jours, les autorités népalaises ont confirmé que près de 4 000 personnes restent introuvables après les violentes crues qui ont dévasté plusieurs vallées du pays.
Parmi les disparus, près d’un quart travaillent sur des chantiers hydroélectriques, souvent étrangers, et ont été pris au piège dans des tunnels de dérivation alors que les coulées de boue submergeaient les accès.
Les tunnels oubliés
Les galeries concernées font partie d’un réseau destiné à dériver l’eau vers les futures centrales. Creusés à la main et soutenus par des armatures provisoires, ils n’étaient pas encore inspectés lorsque la montée des eaux a commencé. Les équipes de chantier ont entendu un grondement sourd, puis un mur de boue a soudainement obstrué les entrées, laissant les ouvriers coincés dans l’obscurité.
Selon les témoignages recueillis auprès des survivants, l’air s’est rapidement raréfié. Certains ont tenté de creuser à la main, utilisant leurs casques comme pioches, tandis que d’autres ont préféré rester immobiles, économisant leurs forces dans l’attente d’un secours qui tarde à venir.
Une course contre la montre
Les secouristes népalais, appuyés par des équipes internationales de spéléologues et de sapeurs-pompiers, ont déployé des drones thermiques et des caméras endoscopiques pour localiser les poches de vie. Chaque heure qui passe réduit les chances de retrouver quelqu’un en vie, mais la pression populaire pousse les autorités à multiplier les moyens.
Des pompes ont été installées pour évacuer la boue qui continue de s’infiltrer par les fissures. Malgré ces efforts, le débit d’eau souterraine reste imprévisible, compliquant toute tentative de pénétration profonde dans les galeries.
Témoignages des familles
Dans les villages situés en contrebas des chantiers, les familles se rassemblent chaque matin devant les postes de commandement. Elles brandissent des photos de leurs proches, souvent jeunes travailleurs venus du Bangladesh, de l’Inde ou du Pakistan, espérant obtenir ne serait-ce qu’une nouvelle.
« Mon frère devait rentrer chez lui pour la fête du Dashain », raconte une sœur d’un disparu, les yeux embués. « On ne sait même pas s’il a pu boire un peu d’eau avant que la boue ne le submerge ». Ces récits humains donnent une dimension émotionnelle qui dépasse le simple bilan chiffré.
Les défis techniques
Ingénieurs civils et géologues soulignent la particularité du terrain népalais : des couches de roche friable recouvertes de sédiments meubles, facilement entraînés par les pluies torrentielles. Les tunnels, creusés sans revêtement définitif, sont vulnérables à l’effondrement lorsqu’une soudaine surcharge hydraulique se produit.
Des études préliminaires indiquent que la pression de la boue dans certains secteurs dépasse largement la capacité de résistance des soutiens temporaires. Cela explique pourquoi certaines sections sont déjà complètement obstruées, rendant toute progression impossible sans un renforcement préalable.
Quel avenir pour les recherches ?
Les autorités envisagent désormais des méthodes plus invasives : forage de puits de ventilation depuis la surface, injection de gaz traceur pour détecter les poches d’air, voire l’utilisation de robots chenillés capables de ramper dans des espaces réduits.
Cependant, chaque intervention comporte un risque supplémentaire pour les éventuels survivants : une vibration mal maîtrisée pourrait déclencher un nouvel éboulement. Les décideurs doivent donc peser l’urgence de sauver des vies contre la possibilité d’aggraver la situation.
Alors que les jours s’égrènent, l’espoir demeure ténu mais présent. Chaque signal capté par les capteurs, chaque souffle d’air détecté relance la chaîne de solidarité qui unit les Népalais et la communauté internationale autour d’un même objectif : ramener à la lumière ceux que la terre a temporairement engloutis.
Source : franceinfo