À la une Betye Saar : l’héritage caché derrière sa disparition soudaine
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Betye Saar : l’héritage caché derrière sa disparition soudaine

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Le dimanche 26 juillet 2026, Betye Saar s’est éteinte dans son domicile de Los Angeles, à l’âge de 99 ans, seulement quatre jours avant ce qui aurait dû être son centième anniversaire.

Née en 1926 à Los Angeles, l’artiste afro‑américaine s’est fait connaître dès les années 1960 grâce à ses assemblages chargés de mémoire et de protestation, notamment l’iconique « The Liberation of Aunt Jemima ». Figure incontournable de l’art engagé, elle a mêlé objets trouvés, photographies et symboles culturels pour dénoncer le racisme, le sexisme et l’oubli historique.

Une carrière marquée par l’assemblage et l’engagement

Au cours de six décennies, Betye Saar a exposé dans les plus grands musées du monde, du MoMA à la Tate Modern, tout en restant profondément attachée à sa communauté de South Central. Ses œuvres, souvent décrites comme des « autels contemporains », invitent le spectateur à réfléchir sur la transmission des récits oubliés. En 2020, elle avait reçu le Lifetime Achievement Award de la National Endowment for the Arts, récompensant une carrière où l’art et l’activisme ne faisaient qu’un.

Malgré son âge avancé, elle continuait à travailler quotidiennement dans son atelier, entouré de bocaux de boutons, de tissus vintage et de petites figurines qu’elle collectait lors de ses voyages. Ses proches décrivent une routine immuable : le matin, une tasse de thé, puis plusieurs heures à trier, assembler et retoucher ses pièces.

Les dernières découvertes dans son atelier

Deux jours après son décès, l’équipe chargée de la succession a pénétré dans l’atelier resté fermé depuis plusieurs mois. Ce qu’ils ont trouvé dépasse la simple rétrospective : une série de huit assemblages inédits, chacun accompagné d’un petit carnet de notes manuscrites.

Dans l’un de ces carnets, Betye Saar écrit : « Je veux que ce dernier tableau parle de la joie qui résiste, pas seulement de la douleur qui nous définit ». Les pièces, encore non titrées, mêlent des miroirs brisés, des fils de laine rouge et des fragments de journaux datés de 2024, faisant référence aux mouvements pour la justice raciale qui ont éclaté cette année-là.

Un autre objet intrigue particulièrement les commissaires : une petite boîte en bois contenant une clé ancienne et une photographie en noir et blanc d’une manifestation des années 1965, avec une annotation : « Pour ceux qui ouvriront la porte demain ». Aucun titre n’a encore été attribué, laissant planer le mystère sur le message final que l’artiste souhaitait livrer au monde.

Un projet secret pour le centenaire

Selon plusieurs témoignages recueillis auprès de son assistant de longue date, Maya Delgado, Betye Saar préparait une exposition spéciale pour célébrer ses cent ans, prévue pour le 30 juillet 2026 à la galerie CalArts. Le projet, baptisé provisoirement « Centenaire de la Résilience », devait rassembler une cinquantaine de travaux récents, ainsi qu’une installation immersive invitant le public à ajouter leurs propres objets à un mur collectif.

Les maquettes retrouvées montrent un parcours sensoriel : des sons de chants gospel, des odeurs de bois de cèdre et des éclairages tamisés qui évoluent au fil de la journée. L’artiste souhaitait que l’exposition soit interactive, chaque visiteur pouvant laisser un petit objet symbolisant un espoir personnel, créant ainsi une œuvre vivante en constante évolution.

Cette ambition révèle une facette moins connue de Saar : son désir de transmettre non seulement un héritage artistique, mais aussi un outil de mémoire collective destiné aux générations futures.

L’impact de son œuvre sur les nouvelles générations

Au-delà des galeries, l’influence de Betye Saar se mesure dans les ateliers communautaires où des jeunes artistes reproduisent sa technique de l’assemblage pour raconter leurs propres histoires. Des programmes éducatifs à Oakland et à Atlanta utilisent ses œuvres comme point de départ pour discuter de l’identité, du patrimoine et de la résistance.

Récemment, une étudiante en maîtrise à l’UCLA a publié une thèse analysant la façon dont Saar réutilise les stéréotypes racistes pour les subvertir, montrant comment ses assemblages fonctionnent comme des « contre‑archives ». Cette recherche, largement citée dans les milieux académiques, confirme que son travail demeure une référence incontournable pour comprendre l’art engagé contemporain.

Ce que les proches révèlent aujourd’hui

Dans une interview accordée à la radio locale KPCC, sa fille, Lezley Saar, a déclaré : « Ma mère nous a toujours appris à regarder les objets avec curiosité, à voir l’histoire cachée dans chaque bout de tissu ou de métal. Elle voulait que son dernier message soit un appel à la créativité, pas un adieu ».

Les amis proches décrivent une femme d’une lucidité étonnante jusque dans ses derniers jours, qui prenait le temps d’appeler chaque jeune artiste qu’elle avait mentoré pour les encourager à poursuivre leurs expériences. « Elle ne parlait jamais de retraite, seulement de la prochaine pièce à faire », raconte l’un de ses anciens étudiants.

Alors que le monde de l’art pleure la perte d’une pionnière, les découvertes récentes dans son atelier suggèrent que son héritage est loin d’être achevé. Les œuvres inédites, le projet du centenaire et les milliers de témoignages recueillis montrent que Betye Saar continuera, même après son dialogue avec le public, bien au-delà de sa disparition.

Source : Le Monde.fr