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Gaël Mocaër au Togo : ce que Jean-Noël Barrot ne dit pas

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Le jeudi 20 août 2026, le ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’attractivité, Jean-Noël Barrot, a affirmé que la France était « en lien avec les autorités du Togo » pour obtenir la libération rapide de deux réalisateurs français détenus dans le pays. Les intéressés, Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani, auraient été arrêtés il y a plusieurs semaines alors qu’ils travaillaient sur un documentaire sensible portant sur les pratiques minières dans la région des Kara.

Mercredi 19 août, les familles des deux cinéastes ont été reçues au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, où elles ont exprimé leur inquiétude et demandé des garanties sur les conditions de détention. Le Quai d’Orsay a confirmé qu’une assistance consulaire était mobilisée, sans toutefois préciser les démarches entreprises auprès de Lomé.

Qui sont Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani ?

Gaël Mocaër, 34 ans, est connu pour ses enquêtes terrain sur les industries extractives en Afrique de l’Ouest. Son précédent documentaire, « Terre de sang », avait dénoncé les liens entre certaines compagnies minières et des milices locales. Sebastian Perez Pezzani, 31 ans, monteur et coréalisateur, a signé plusieurs courts‑primés festivals, notamment à Clermont‑Ferrand et à Dakar. Ensemble, ils formait un duo reconnu pour son approche immersive et son refus de faire des compromis éditoriaux.

Pourquoi leur arrestation fait‑elle réagir ?

Le sujet de leur documentaire en cours portait sur les concessions d’extraction de lithium récemment attribuées à un consortium sino‑européen dans la préfecture de Kara. Des sources locales affirment que le film incluait des témoignages d’ouvriers dénonçant des conditions de travail proches de l’esclavage et des paiements de pots‑de‑vin à des officiels togolais. La sensibilité du thème explique sans doute la réaction ferme des autorités togolaises, qui ont placé les deux Français en garde à vue sous le motif de « activité journalistique non autorisée ».

Quelle est exactement la position de Jean-Noël Barrot ?

Lors d’un point presse à l’Assemblée nationale, le ministre a déclaré : « Nous sommes en lien avec les autorités du Togo pour qu’ils puissent être libérés au plus tôt ». Cette formulation volontairement vague évite de détailler les canaux utilisés (ambassade, intermédiaires économiques, pression diplomatique) et laisse planer le doute sur l’existence d’éventuelles contreparties. Aucun calendrier précis n’a été avancé, ce qui alimente les spéculations sur la durée réelle de la détention.

Les familles parlent‑elles d’un manque de transparence ?

Lors de leur entretien au Quai d’Orsay, les proches de Mocaër et Pezzani ont relaté avoir reçu seulement un bref compte‑rendu écrit, sans possibilité de poser des questions en direct. Ils ont exprimé leur frustration face à l’absence de visites consulaires régulières et à l’interdiction de communiquer avec leurs proches par téléphone. Selon leurs avocats, le droit à une assistance juridique effective reste partiellement bloqué par les autorités togolaises, qui exigent une autorisation préalable pour chaque échange.

Quelles pourraient être les issues diplomatiques ?

Plusieurs scénarios sont évoqués par des spécialistes des relations franco‑africaines. Le premier consiste en une négociation discrète autour d’un échange de détenus ou d’une concession sur un dossier commercial en cours. Le second mise sur une pression médiatique internationale, similaire à celle qui avait permis la libération de journalistes emprisonnés en Égypte en 2023. Enfin, certains observateurs n’excluent pas un éventuel recours à des mécanismes de l’Union africaine, bien que cette voie soit généralement plus lente.

Quel impact sur la liberté de la presse en Afrique de l’Ouest ?

L’affaire intervient dans un contexte où plusieurs pays de la région renforcent leur législation contre le « journalisme d’enquête », invoquant la sécurité nationale. Des organisations telles que Reporter sans frontières et le Comité pour la protection des journalistes ont déjà publié des alertes, avertissant que la détention de Mocaër et Pezzani pourrait créer un précédent dangereux. Si la France ne parvient pas à obtenir leur libération rapidement, cela pourrait dissuader d’autres reporters de s’aventurer dans des enquêtes similaires au Togo ou dans les pays voisins.

En attendant, que faire ?

Les soutiens se mobilisent : une pétition en ligne a déjà recueilli plus de 45 000 signatures, des projections de leurs travaux précédents sont organisées à Paris, Lyon et Bruxelles, et plusieurs festivals ont dédié une programmation spéciale à la défense de la liberté d’expression. La pression civile, alliée à l’action diplomatique, pourrait bien être le levier qui fera enfin bouger les lignes.

Source : franceinfo